Le sucre attire de plus en plus d’investisseurs
Cette denrée alimentaire devient une valeur refuge avec des perspectivesde rendement élevées.
A contre-courant. Le marché du sucre a totalement changé depuis trois ans. «Nous sommes passés d’une situation de surplus mondial à un déficit qui selon les estimations atteindra cette année entre 4 à 8 millions de tonnes», explique Vincent Geiger, spécialiste des matières premières agricoles chez Newedge, société de courtage détenue à parité par la Société générale et le Crédit agricole.
La production de cette année devrait être dans l’incapacité de répondre à une demande en hausse. Déficit annoncé : 4 à 8 millions de tonnes. Crédit photo : Uwe Hermann.
La production de cette année devrait être dans l’incapacité de répondre à une demande en hausse. Déficit annoncé : 4 à 8 millions de tonnes. Crédit photo : Uwe Hermann.
L’organisation mondiale du sucre anticipe une baisse de 3,8 % de la production mondiale en 2009 alors que la demande est attendue en hausse de 2,4 %. Résultat : alors que les prix d’une majorité de matières premières comme le blé peinent à retrouver une hausse durable, ceux du sucre affichent une santé insolente. Depuis le début de l’année, le sucre blanc coté à Londres a gagné 30 %, à plus de 407 dollars la tonne. La hausse pour le sucre roux à New York est plus modeste. Les cours ont progressé d’un peu plus de 7 % sur la même période à 295 dollars la tonne. Une croissance qui n’est pas prête de s’inverser. Et ceci pour trois raisons.
Tout d’abord, le deuxième producteur mondial de sucre, l’Inde, vient de lever ses droits de douane sur ses importations de sucre blanc jusqu’au 30 juin. Ses stocks ont fondu après une mauvaise récolte l’an dernier, où la production a chuté de 20 %, à 21 millions de tonnes. Aussi le pays est-il actuellement à la recherche de 300 000 tonnes de cette denrée de base pour satisfaire son marché intérieur.
Autre facteur de tension : l’Europe. L’Union a baissé volontairement sa production d’un tiers depuis 2006 après l’entrée en vigueur des accords d’ouverture de son marché aux pays moins avancés de la zone ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Désormais, le Vieux Continent, où chacun des pays, y compris la France (numéro un en Europe), a réduit sa production, ne produit plus que 12 millions de tonnes à partir de la betterave. Il importe le quart de ses besoins alors qu’il était exportateur net auparavant.
35 millions de tonnes de sucre
Enfin, l’autre source d’incertitude est l’attitude qu’adoptera cette année le leader mondial : le Brésil. «Ce pays, qui produit 35 millions de tonnes de sucre à partir de la canne, joue le rôle de tampon sur le marché mondial, explique Bruno Hot, président du SNFSF (Syndicat national des fabricants de sucre de France) . Quelle va être la répartition de la production entre l’éthanol et l’alimentation ?» , s’interroge-t-il. Dans ce pays où 90 % des nouvelles voitures roulent au flexifiuel, c’est-à -dire qu’elles peuvent fonctionner indifféremment au pétrole ou à l’éthanol, les producteurs de cannes à sucre vendent au plus offrant.
Compte tenu de la division par trois des cours du brut, la répartition joue moins en faveur de l’éthanol. Sa part risque de diminuer légèrement mais devrait rester majoritaire autour de 55 % des débouchés de la canne à sucre contre 45 % pour l’alimentation. Face à de telles perspectives, les fonds d’investissement spécialisés dans les matières premières se mobilisent. Ils s’intéressent de plus en plus à cette denrée alimentaire de base, qu’ils considèrent à tort ou à raison comme n’importe quel autre produit financier. «C’est une valeur indispensable à détenir dans un portefeuille, souligne Vincent Geiger. Le sucre offre une protection contre les risques inflationnistes avec des rendements plus élevés que ne peuvent représenter actuellement les bons du trésor.»
http://www.lefigaro.fr/matieres-premieres/2009/04/24/04012-20090424ARTFIG00290-le-sucre-attire-de-plus-en-plus-d-investisseurs-.php



