Savoir investir dans les obligations d’entreprises
Depuis le début de l’année, les investisseurs professionnels se sont précipités sur les obligations émises par les entreprises. Du coup, les particuliers n’y ont guère accès. Mais ces derniers ont-ils leur place sur ce marché ?
Des rendements de 5 % à 8 % : dans la conjoncture de ces derniers mois, de telles performances ne sont évidemment pas passées inaperçues. Elles émanaient des obligations émises par de grands groupes industriels cotés. C’est la raison pour laquelle elles sont aussi appelées ” corporate “. De là à décréter 2009 ” l’année du marché du crédit “, le pas fut vite franchi.
” L’occasion est historique “, s’enflammait en début d’année Martine Simon-Claudel, directeur général délégué de l’Union financière de France (UFF). A l’instar de cet établissement, de nombreuses sociétés de gestion ou banques privées ont fait de ce thème d’investissement un axe essentiel de leur stratégie. C’est le cas de Rothschild & Cie, de Natixis Asset Management, de La Française des Placements ou bien encore de Quilvest. Les nouveaux produits ” Obli Context 2014 “, ” LFP Oasis obligataire 2013 et 2011 ” et ” Obligations privées 2012 ” témoignent de la vitalité de l’offre. Cependant, un tel engouement est-il durable ? Il ne s’agirait pas de reproduire avec les obligations les conditions pour former une bulle !
Le retour en grâce de la dette privée trouve son origine dans la frilosité des banques à prêter de l’argent aux entreprises. Dès lors, ces dernières ont été contraintes de trouver d’autres moyens de refinancement. Elles ont donc fait appel au marché obligataire. Une pratique qui n’a rien d’exceptionnel en soi. Simplement, pour que leur papier trouve preneur dans ces circonstances aussi peu banales, les sociétés ont dû assortir leur offre de taux particulièrement attractifs. Il fallait en effet récompenser la prise de risque. Cependant, à ce niveau-là de rendement, c’est comme si le marché s’attendait à une faillite de l’entreprise émettrice.
” Pseudo danger ”
Ainsi, en janvier, un emprunt de 1 milliard d’euros, remboursable en cinq ans et demi, a été lancé par Saint-Gobain, avec un coupon annuel à 8,25 %. Il a vite été entièrement souscrit. Mais pas uniquement en raison de son rendement. Comme l’explique Pascal Gilbert, gérant à La Française des Placements, ” comparée à la rémunération en baisse des emprunts d’Etat, celle de l’emprunt Saint-Gobain est bien sûr apparue attractive. Pour autant, elle n’explique pas à elle seule la rapidité de sa souscription. Celle-ci est aussi due à la confiance des investisseurs vis-à -vis du risque d’insolvabilité de cet émetteur “.
Autrement dit, les souscripteurs ne croyaient pas au pire. Ils ont acheté un ” pseudo danger ” particulièrement bien rémunéré. Mais si, au fil des mois, le spectre de la faillite s’éloigne, les taux d’intérêt auront-ils toujours des raisons d’être aussi élevés ? Pas sûr. Autre question : si la confiance revient dans les banques, celles-ci se remettront à consentir des prêts. Le recours à la dette obligataire ne revêtira plus le même caractère d’urgence. Sa pertinence comme placement sera-t-elle alors toujours aussi évidente ?
En attendant, tout le monde veut de ces produits. Cependant, les particuliers qui souhaitent se joindre au mouvement doivent savoir qu’acheter une obligation d’entreprise en direct relève de l’exploit. Le marché secondaire est peu liquide, le marché primaire est encombré. Les investisseurs professionnels en achètent pour des quantités qui disqualifient l’écrasante majorité des particuliers. D’autant que ces derniers subissent des frais de transaction et des droits de garde coûteux.
Des critères à vérifier
Et puis, les investisseurs individuels doivent prendre en compte toutes sortes de critères comme la qualité de l’émetteur, la liquidité du titre ou l’évolution des taux d’intérêt. Vérifier la solidité de l’entreprise est indispensable pour être assuré du paiement du coupon et du remboursement de l’obligation à sa valeur nominale. Or si la tentation est grande de choisir des emprunts bien rémunérés, rappelons qu’une obligation n’est pas dénuée de risques. Souvenons-nous que jusqu’à la veille de sa mise en faillite, le 15 septembre dernier, Lehman Brothers bénéficiait d’une notation ” investment grade ” : le top en matière de notation !
BLANDINE BLANC-DURAND
http://www.lesechos.fr/patrimoine/sicav/300343897.htm?xtor=RSS-2066



