MalgrĂ© la suppression des droits de succession entre Ă©poux, il reste judicieux de protĂ©ger le conjoint survivant. Plusieurs lois ont rĂ©volutionnĂ© le mariage. Une relecture s’impose.
C’Ă©tait une promesse de la campagne Ă©lectorale, elle a Ă©tĂ© tenue : les droits de succession entre Ă©poux ont Ă©tĂ© supprimĂ©s. La disparition a Ă©tĂ© consignĂ©e par la fameuse loi Tepa du 22 aoĂ»t 2007, celle-lĂ mĂŞme qui alimente le dĂ©bat sur le bouclier fiscal. Le texte a certes fixĂ© le plafond d’impĂ´ts qu’un particulier peut avoir Ă payer (en l’occurrence, c’est 50 % de ses revenus). Mais il contient encore bien d’autres dispositions car, en rĂ©alitĂ©, c’est une loi fourre-tout. C’est la raison pour laquelle elle Ă©voque aussi les frais traditionnellement dus par les mĂ©nages après le dĂ©cès d’un des conjoints. Non seulement elle les supprime dans les couples mariĂ©s, mais elle Ă©largit l’avantage aux partenaires liĂ©s par un PACS.
Cette avancĂ©e a Ă©tĂ© saluĂ©e par les Français. Peut-ĂŞtre mĂŞme un peu trop ! Car nombre de couples semblent considĂ©rer que, dĂ©sormais, il n’est plus nĂ©cessaire de s’occuper de quoi que ce soit. Ainsi, depuis le vote du texte, les demandes de modification de contrats de mariage ont spectaculairement diminuĂ©. Alors que, jusqu’Ă l’Ă©tĂ© de 2007, elles justifiaient la majoritĂ© des rendez-vous dans les Ă©tudes de notaires !
Attitudes néfastes
C’est un phĂ©nomène courant : Ă chaque nouveautĂ© lĂ©gislative, il se reproduit : les effets d’annonce inspirent des attitudes nĂ©fastes, prĂ©cisĂ©ment chez les personnes que le texte ambitionne de protĂ©ger ! Ce fut dĂ©jĂ le cas lors de la loi du 3 dĂ©cembre 2001 sur les conjoints survivants. De peur que ces derniers ne soient mis Ă la porte de chez eux par leurs propres enfants, le lĂ©gislateur avait fixĂ© le principe suivant : le veuf ou la veuve peut dĂ©sormais choisir entre l’usufruit de la totalitĂ© ou la pleine propriĂ©tĂ© du quart des biens composant la succession. Du coup, bon nombre de particuliers en ont dĂ©duit qu’il n’Ă©tait plus nĂ©cessaire de procĂ©der Ă une donation entre Ă©poux. ” Alors que c’est au contraire la dĂ©marche la plus simple et la plus utile “, observe Me Fabrice Luzu, notaire Ă Paris.
En fait, tout conjoint devrait dĂ©sormais repenser de fond en comble sa situation, ainsi que celle de son (ou sa) partenaire. Il s’est produit tellement de rĂ©volutions silencieuses au cours de ces derniers mois ! Ainsi, rien que depuis le dĂ©but de 2007 : la rĂ©forme des successions et des libĂ©ralitĂ©s Ă©tait Ă peine entrĂ©e en vigueur le 1er janvier, qu’elle a Ă©tĂ© suivie de la loi Tepa, dont certaines consĂ©quences sont tout simplement inouĂŻes dans une France, fille aĂ®nĂ©e de l’Eglise. Avec ce texte, c’est la question mĂŞme de la pertinence du mariage qui se trouve posĂ©e, dans la mesure oĂą, en matière de droits de succession, la loi met Ă Ă©galitĂ© les unions pacsĂ©es avec les couples mariĂ©s.
Aussi, loin d’encourager Ă la passivitĂ©, la nouvelle lĂ©gislation incite au contraire Ă se montrer imaginatif et prospectif. Car au fond, quel est le vĂ©ritable enjeu d’un couple uni ? C’est de faire en sorte que le conjoint survivant n’ait pas Ă souffrir de difficultĂ©s matĂ©rielles, en plus du chagrin causĂ© par la disparition de l’ĂŞtre aimĂ©. Pour cela, l’Ă©dification de protections juridiques se rĂ©vèle indispensable.
Les priorités de vie
En effet, pour que les conditions de vie du conjoint survivant soient optimales, encore faut-il que ses droits soient alors adaptĂ©s Ă ses souhaits du moment. Seulement, dans la pratique, comment deviner ce dont on aura besoin ? A quarante ans, on peut rĂŞver de vivre dans la maison de famille au bord du lac d’Annecy ; et puis, Ă soixante ans, prĂ©fĂ©rer l’appartement parisien Ă proximitĂ© de son mĂ©decin ; pour finalement opter, Ă quatre-vingts ans, pour un studio dans une rĂ©sidence mĂ©dicalisĂ©e.
Pour tenir compte de l’Ă©volution des prioritĂ©s de vie, il faut donc un accompagnement juridique modulable. Cette exigence de souplesse suppose de ne pas figer prĂ©maturĂ©ment l’attribution d’un bien Ă une personne bien identifiĂ©e.
Le montage doit aussi ĂŞtre rĂ©versible. Car avant le dĂ©cès, il peut s’en produire des Ă©vĂ©nements ! Un divorce, par exemple. Quand cette hypothèse-lĂ survient, on n’a pas forcĂ©ment la tĂŞte Ă souhaiter le meilleur pour son futur ex-partenaire !
L’anticipation ne doit pas non plus conduire Ă appauvrir prĂ©cocement le mĂ©nage. Il faut ĂŞtre sĂ»r que l’on aura bien, le jour venu, des liquiditĂ©s dont on a besoin. De mĂŞme, il est normal de vouloir disposer, jusqu’Ă ses derniers jours, des biens auxquels on tient.
Enfin, rien de plus lĂ©gitime que de faire entrer en ligne de compte la considĂ©ration fiscale. Puisque la loi le permet, autant profiter des adoucissements autorisĂ©s. L’utilisation harmonieuse des textes novateurs, votĂ©s ces dernières annĂ©es, permet de rĂ©aliser tous ces objectifs les uns après les autres. A cet effet, Me Luzu distingue trois grands axes stratĂ©giques.
Il s’agit lĂ d’un acte notariĂ© qui ne doit pas coĂ»ter plus de 200 Ă 300 euros au couple. Mais pour ce prix, il va considĂ©rablement Ă©largir les droits prĂ©vus par la loi de dĂ©cembre 2001 pour le conjoint survivant. Cette amĂ©lioration sera encore plus patente si elle s’accompagne d’une RAAR, acronyme de ” renonciation Ă une action en rĂ©duction “.
Passer son tour
Cette nouveautĂ© est entrĂ©e en vigueur le 1er janvier 2007, avec la rĂ©forme sur les successions et les libĂ©ralitĂ©s. Elle consiste pour les enfants Ă passer leur tour en matière d’hĂ©ritage. En d’autres termes, ils diffèrent leurs droits pour le second dĂ©cès. De la sorte, ils laissent volontairement tout le patrimoine au conjoint survivant. Ce dernier n’aura donc pas Ă partager d’indivisions avec ses descendants. Il sera aussi certain de vivre dans l’environnement qui Ă©tait son quotidien avant la disparition de son Ă©poux(se). Attention, cependant, cette procĂ©dure n’est admise que dans le cas oĂą les enfants sont majeurs.
Enfin, le montage sera encore plus efficace s’il est accompagnĂ© d’un cantonnement. LĂ aussi, c’est une nouveautĂ©. Elle permet au conjoint de dresser la liste des biens qu’il (ou elle) conserve finalement au dĂ©cès du premier Ă©poux. Implicitement, les autres lots reviennent aux enfants hĂ©ritiers. Mais avec un adoucissement fiscal pour ces derniers. Car, comme l’explique Me Luzu : ” C’est comme si les enfants avaient reçu ces biens du dĂ©funt. Ils ne sont donc taxĂ©s que sur cette partie du patrimoine. ”
Et si la loi Tepa Ă©tait mise entre parenthèses, le temps que le plus gros de la crise soit passĂ© ? Ce n’est pas de la politique-fiction. Le dĂ©bat explosif sur le rĂ©amĂ©nagement du bouclier fiscal l’a bien montrĂ© : l’idĂ©e fait son chemin, y compris au sein mĂŞme de la majoritĂ©. Les dĂ©putĂ©s semblent avoir dĂ©celĂ© une inversion dans l’opinion, comme si les allègements de contributions n’Ă©taient plus dans l’air du temps. D’ici Ă ce que l’exonĂ©ration des droits de succession soit sacrifiĂ©e, dans le mĂŞme ensemble que le fameux bouclier, c’est une Ă©ventualitĂ© que l’on ne peut plus totalement rejeter.
Il existe cependant une bonne mĂ©thode pour s’assurer une totale franchise de frais, quels que soient les contextes Ă©lectoraux. Elle consiste Ă changer de rĂ©gime matrimonial. Le Code civil est riche en pĂ©pites qui permettent aux conjoints d’amĂ©nager pour chacun d’entre eux, le cadre le plus protecteur, le plus souple vis-Ă -vis de leur descendance, et le moins coĂ»teux d’un point de vue fiscal. Ainsi l’article 1387 fixe le principe de la libertĂ© de conventions entre Ă©poux, tandis que l’article 1397 dĂ©taille le mĂ©canisme de l’avantage matrimonial. Or c’est au nom de ce dernier que le conjoint survivant s’assurera dĂ©finitivement sa dispense de frais sur le patrimoine qu’il hĂ©ritera.
Fabriquer sa propre loi
Ainsi donc, l’assemblage astucieux de paragraphes rĂ©cemment agrĂ©gĂ©s au Code NapolĂ©on permet aux couples de se fabriquer leur propre loi. Dès lors, chacun sait dans un mĂ©nage ce qu’il conservera comme biens, ce qu’il maintiendra en pleine propriĂ©tĂ© ou au contraire, laissera en usufruit Ă ses hĂ©ritiers. ” Du moment que le socle juridique de base en matière matrimoniale est respectĂ©, tous les amĂ©nagements sont libres “, prĂ©cise Me Luzu. ” Or, poursuit-il, il ne coĂ»te pas plus cher de se confectionner un contrat de mariage sur mesure. Dès lors, autant prĂ©fĂ©rer ce dernier Ă un modèle prĂŞt-Ă -porter. ”
D’autant qu’en la matière, la forme la plus frĂ©quente est celle de la CommunautĂ© universelle avec attribution intĂ©grale. Las ! Ce rĂ©gime n’a pas que des avantages. Il prĂ©sente notamment l’inconvĂ©nient d’attribuer un bien Ă des bĂ©nĂ©ficiaires, Ă©ventuellement contre le grĂ© de son propriĂ©taire. Par exemple, dans un couple, l’Ă©pouse peut avoir hĂ©ritĂ© d’une propriĂ©tĂ© familiale qui lui vient de ses parents. Dans le cas de la CommunautĂ© universelle, le domaine devrait revenir au mari si la femme dĂ©cède en premier. L’intĂ©ressĂ©e pourrait fort bien prĂ©fĂ©rer que ce bien se retrouve plus tard entre les mains de ses enfants. Mieux vaut donc prĂ©voir trois enveloppes. Une grande pour la communautĂ© conventionnelle et deux autres spĂ©cifiquement dĂ©diĂ©es Ă chacun des conjoints. Les deux pourront ainsi loger des biens qui Ă©taient Ă eux avant leur mariage ou qu’ils tiennent Ă laisser en dehors du partage.
Autre inconvĂ©nient soulevĂ© par Me Luzu : de nos jours, il n’est plus rare de dĂ©cĂ©der Ă plus de cent ans. Quel intĂ©rĂŞt pour le survivant de tout recevoir Ă ce moment-lĂ ! Il serait plus intelligent de commencer plus tĂ´t la redistribution du patrimoine et de segmenter celui-ci en plusieurs lots. Fiscalement, le transfert sera plus digeste. Car il peut ĂŞtre coĂ»teux, fiscalement, de recevoir un patrimoine d’un seul tenant. Le risque est grand de passer dans une tranche supĂ©rieure d’imposition.
Clause de préciput
C’est pourquoi le sur-mesure est vraiment recommandĂ©. D’autant qu’il permet d’utiliser un formidable outil prĂ©vu par le droit : la clause de prĂ©ciput. C’est elle qui permet Ă un conjoint de prĂ©lever, avant tout partage, certaines sommes d’argent, ou bien des objets, des lots et toutes sortes de biens. Cela, grâce Ă la convention prĂ©alablement signĂ©e entre les membres du couple. Tous les biens qui n’auront pas Ă©tĂ© explicitement rĂ©servĂ©s par les parents reviendront de fait aux enfants.
Longtemps, les couples ont montrĂ© une certaine rĂ©ticence Ă changer de rĂ©gime. Ils craignaient de se dĂ©possĂ©der imprudemment de biens personnels, si jamais un divorce devait survenir plus tard. Cette inquiĂ©tude n’a plus lieu d’ĂŞtre, rassure en substance Me Luzu. La clause de reprise des apports est dĂ©sormais validĂ©e. Concrètement, cela signifie que ce qui fut alimentĂ© avant la sĂ©paration peut ĂŞtre dorĂ©navant rĂ©cupĂ©rĂ© par l’apporteur.
Un second obstacle a longtemps résidé dans les délais supposés interminables de la procédure. La situation est beaucoup plus simple maintenant : lorsque les enfants sont majeurs, seule demeure une période de vérification de trois mois. Si pendant ce temps, les intéressés ne se manifestent pas, leur silence vaut acceptation et leur accord est réputé acquis avec effet rétroactif.
Le PACS fĂŞte ses dix ans cette annĂ©e. Mais au lieu de fĂŞter son premier anniversaire Ă deux chiffres, il serait plus judicieux de saluer sa seconde naissance. Cela s’est produit en 2007. Cette annĂ©e-lĂ , entre la loi Tepa du 22 aoĂ»t et le vote de la loi de Finances pour 2008, le Pacte civil de solidaritĂ© a Ă©tĂ© pratiquement alignĂ© sur le mariage, au niveau de l’impĂ´t sur le revenu, de l’ISF, des droits de donation, de succession, de la rĂ©version d’usufruit et du partage. Dès lors, pour les concubins, le cadre juridique et fiscal est tout trouvĂ©. Ce constat vaut pour tous les couples non mariĂ©s, pas uniquement les homosexuels, comme une prĂ©sentation tronquĂ©e en a souvent Ă©tĂ© faite. Il peut parfaitement s’envisager pour des familles recomposĂ©es, en prĂ©sence d’un patrimoine important, d’une entreprise ou d’enfants nĂ©s de la première union.
DĂ©sormais, ce pacte agit sur les partenaires comme une loi qu’ils se sont librement fixĂ©e. Jusqu’Ă lors, l’indivision Ă©tait automatique, aussi bien pour le lave-vaisselle que pour le compte en banque.
Choisir son régime
DĂ©sormais, le rĂ©gime en vigueur est celui choisi par les pacsĂ©s. Ces derniers dĂ©terminent leur mode de vie en commun, leur niveau de participation aux charges et surtout, l’organisation de la sortie de leur couple. Pourquoi ne pas imaginer le versement de sommes fixĂ©es Ă l’avance, comme Ă l’amĂ©ricaine ? En tout cas, on s’Ă©loigne des divorces traumatisants qui laissent un des ex-conjoints financièrement exsangues. Cependant, il ne faut pas oublier le reste du Code civil. Le partenaire pacsĂ© n’est pas d’emblĂ©e un hĂ©ritier. De surcroĂ®t il n’est pas prioritaire. Le suppression des droits de succession serait ici une maigre consolation, si en l’espèce, il n’y a rien Ă lĂ©guer. Or c’est ce qui risque d’arriver si un testament n’est pas rĂ©digĂ©. Cet acte est impĂ©ratif. Avec la convention au dĂ©marrage de l’union, c’est la seule contrainte demandĂ©e en contrepartie de la grande libertĂ© accordĂ©e. Pour les divorcĂ©s qui reprennent une vie de couple Ă travers une famille recomposĂ©e, le Pacte civil de solidaritĂ© version 2007 se rĂ©vèle le cadre juridique le mieux appropriĂ©.
FRANÇOIS LE BRUN
http://www.lesechos.fr/patrimoine/famille/300339326.htm?xtor=RSS-2066